Entre l’esthétique et l’identité : réception des littératures minoritaires. Le cas de la littérature franco-ontarienne (2001-2004)

L’objectif principal de ce projet de recherche est d’étudier les fondements épistémologiques de la critique littéraire par le biais d’une analyse de la littérature franco-ontarienne. Dans les études littéraires, il existe deux prises de position épistémologiques apparemment irréconciliables : l’approche essentialiste et l’approche fonctionnaliste. En généralisant, on pourrait dire que la première s’intéresse d’abord à l’aspect esthétique de la littérature alors que l’approche fonctionnaliste s’élabore en tenant compte des critères sociologiques. Or, c’est justement le rapport de force entre ces deux approches que je me propose d’étudier. Pour cette étude, la littérature franco-ontarienne servira de corpus et de modèle. Les œuvres retenues sont toutes publiées entre 1970, date de l’émergence d’une littérature franco-ontarienne qui se réclame de ce nom, et 1999. De plus, elles appartiennent aux divers courants littéraires et émanent de différentes générations d’écrivains. Il s’agit des œuvres de Marguerite Andersen, Hélène Brodeur, Andrée Christensen, Jean Marc Dalpé, Patrice Desbiens, Patrick Leroux, Michel Ouellette, André Paiement, Daniel Poliquin, Gabrielle Poulin, Stefan Psenak.

Les objectifs secondaires sont d’abord d’identifier les rapports entre les thèmes et les approches privilégiés par la critique littéraire et ceux présents dans les textes eux-mêmes. Je tenterai ensuite de déterminer l’incidence de la réception sur la production littéraire. Il s’agira alors de voir si la valeur que la critique accorde à certains textes influe sur le genre de textes qui seront publiés ultérieurement et, surtout, de déterminer si ces nouveaux textes sont lus en fonction de critères préétablis.

J’examinerai, d’une part, les prises de position esthétiques et la place qu’occupe le socio-culturel dans les textes franco-ontariens. D’autre part, j’étudierai le discours critique qui porte sur la littérature franco-ontarienne. Grâce à la banque de données que j’ai conçue et qui regroupe tous les textes critiques portant sur les œuvres franco-ontariennes retenues pour l’analyse, il me sera possible, par exemple, de déterminer si un thème est propre à un critique ou à un certain groupe de critiques, à quel moment certaines préoccupations sont apparues ou disparues au sein du discours critique, etc. Je pourrai ensuite confronter les composantes esthétique et culturelle dans les textes avec les éléments pris en compte lors de la lecture institutionnelle en Ontario français et ailleurs.

L’analyse sera axée sur quatre éléments socio-culturels (la langue, la thématique identitaire, l’espace et le temps) dont la récurrence et les particularités, autant dans les textes littéraires que dans les textes critiques, permettent de croire qu’ils constituent les traits marquants de la littérature franco-ontarienne. Ces quatre éléments (l’espace, le temps, la langue et l’identité) servent à construire l’univers littéraire. À partir d’eux, il est possible d’élaborer une lecture sociologique des œuvres. Cependant, ces éléments jouent aussi un rôle à un autre niveau, soit celui de la structuration des textes et, partant, de leur signification interne autant que de leur fondement esthétique. Ainsi, ces éléments peuvent, à la fois, servir de fondement à une approche fonctionnaliste et à une approche essentialiste des textes littéraires.

L’étude des relations entre les littératures minoritaires, la réception critique et l’établissement des canons est un des domaines d’études des plus nouveaux et surtout des plus importants en ce début de millénaire. Dans le contexte de la mondialisation, nous assistons à une homogénéisation des cultures, ce qui entraîne nécessairement une minorisation d’autant plus grande des cultures et des littératures minoritaires. Il s’avère donc essentiel d’analyser les enjeux liés au contexte de production et de réception des littératures minoritaires afin de mieux comprendre le fonctionnement de toute institution littéraire, mais aussi et surtout afin de saisir les rapports entre toute production littéraire et les forces hégémoniques des discours tenus sur la littérature.

Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, du programme spécial de fonds d’amorçage pour nouveaux chercheurs en sciences sociales et sciences humaines et d’une bourse de recherche universitaire (Université d’Ottawa).

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