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La région d’Ottawa-Gatineau a quelque chose d’unique.  Traversée par la frontière provinciale qui a la plus forte charge symbolique au pays, elle se caractérise par une dynamique particulière induite par ce qui, sur plusieurs plans, représente toujours une discontinuité majeure de l’espace, même si elle a été fixée depuis longtemps. De part et d’autre de la frontière, les populations, les cultures et les pratiques sont différentes, les législations et le droit aussi. Pourtant, il s’agit là d’une frontière qui n’oppose que de faibles obstacles à la vie d’échanges. D’aucuns investissent ainsi la région d’une mission particulière : contribuer à limiter les risques de dislocation du Canada en favorisant une territorialité transfrontalière des individus et des groupes pour devenir ainsi le creuset d’une nouvelle identité canadienne.

 

Les objectifs :

La recherche vise à éclairer les effets intrinsèquement ambigus et contradictoires de la frontière dans la région dite de la Capitale nationale. S’appuyant sur la prémisse que la frontière module les pratiques spatiales des individus et des groupes qui occupent la région et qui se l’approprient tant matériellement que symboliquement, elle a comme objectif de reconstruire leur expérience quotidienne des lieux et des espaces que la frontière sépare et réunit. L’étude portera sur les pratiques et sur les représentations liées à la frontière, les cultures originales qu’elles contribuent à créer, les identités collectives qui en émanent ainsi que sur les actions politiques qu’elles alimentent.  Elle montrera comment celles-ci, tout en étant historiquement structurées, prennent aujourd’hui un visage nouveau, dans le contexte actuel des relations qui s’établissent entre les populations d’Ottawa et de Gatineau et des caractéristiques de l’environnement plus large dans lequel elles s’inscrivent. Nous inspirant des travaux les plus récents sur le concept, nous nous intéresserons à ces trois dimensions de la frontière que sont la frontière comme barrière, comme interface et comme territoire.  Les propositions théoriques et méthodologiques entourant l’étude des pratiques quotidiennes de l’espace nous serviront pour analyser les processus entourant sa construction. Le récit, faisant état non seulement de cheminements, de pratiques et de représentations mais aussi de stratégies et de ruses, sera notre matériau. Notre attention se portera sur des populations minoritaires, plus vulnérables et davantage susceptibles de mettre en place des stratégies particulières pour tirer profit de la structure d’opportunité qu’offre la frontière. Parmi les groupes ciblés: les minorités de langue officielle, les autochtones, les populations de nouveaux arrivants, les gais et lesbiennes, les mères monoparentales et les jeunes sans-abris.   Chacun des groupes que nous ciblons agit, vraisemblablement, selon des logiques différentes dans l’espace régional


La méthodologie :

Étape 1.  Retour sur le contexte : la région, ses populations (2007-2008). L’espace social d’Ottawa-Gatineau est méconnu. Différentes initiatives des organismes publics auront toutefois mis en lumière certains des grands traits de l’espace social régional. Il convient de les repérer et de les analyser, avec une attention particulière aux enjeux frontaliers. Cette première étape de la recherche vise ainsi à se doter d’une bonne base d’informations sur les populations retenues aux fins de l’étude, à l’aide des données existant sur ces groupes (recensement, enquêtes, etc.), leurs organisations, leurs institutions. Elle vise aussi à faire une analyse approfondie des programmes et politiques qui les concernent directement ou indirectement, aux différents paliers de gouvernement et des enjeux qu’ils soulèvent tant en ce qui concerne la gestion que la livraison des services. La collecte d’information prendra ici plusieurs formes, au premier plan la revue documentaire, mais aussi entrevues, etc.

Étape 2.  La constitution des récits par l’entretien de groupe et individuel (2008-2009). De toutes les approches utilisées pour reconstituer le quotidien, celle de l’entretien est la plus commune. Nous la privilégierons à notre tour pour mener, durant la deuxième année du projet, deux types d’entretien : l’entretien de groupe (10 à 12 participants) des fins d’identification des enjeux entourant l’expérience frontalière au sein des différents groupes visés; l’entretien individuel pour approfondir différents aspects de cette expérience. Le but de ces entretiens est non seulement de rendre explicite l’univers des participants eu égard aux lieux et aux espaces dans différents contextes (habiter, s’approprier, produire, consommer, se détendre, diriger, etc.)., mais aussi de révéler les tensions, les contradictions qui les animent dans les relations qu’ils entretiennent avec lui. Parmi les thématiques envisagées pour l’entretien, notons celles de la différence, de l’appartenance, de la ségrégation, de l’exclusion, de l’identité et du pouvoir intrinsèquement liées à l’idée de frontière.

Étape 3.  L’analyse et la synthèse: la reconstitution de l’espace social et de l’effet de frontière (2009-2010). La mise en forme des informations recueillies via ces entretiens et la reconstitution de l’espace social régional à partir de ces dernières s’effectueront durant la 3e année du projet. Outre la transcription des propos, l’équipe de recherche prévoit mener une analyse approfondie de leur contenu, selon une formule mixte où les catégories seront à la fois dictées par notre cadre interprétatif de la frontière et induites des récits analysés. Dans un premier temps, les récits propres à chacun des groupes seront étudiés tour à tour. Une analyse comparative sera ensuite conduite, devant permettre de relever les différences et les ressemblances entre les univers de références de chacun de ces groupes.

 

La portée :

Situé à l’interface théorie/pratique, ce travail s’inscrit dans une volonté délibérée de montrer que la frontière agit toujours comme un facteur structurant du social. Alors que la mondialisation tant économique que culturelle en conduit  plusieurs à annoncer un peu rapidement  la “fin des territoires”, un des buts du projet est de renouveler l’intérêt d’une notion-clé de la géographie en illustrant sa portée pour comprendre la géographie de la vie quotidienne de certains groupes plus marginaux. La recherche sera conduite en trois étapes, qui correspondent aux trois années du projet.

 

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