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Glossaire

Glossaire (créé par la course Performance and Migration, LCM 5301, Université d’Ottawa, l’hiver 2017)

ART : « L’Art fabrique une marge à cette totalité qui est le déjà-là, il crée un espace où l’on peut poser encore autre chose. (…) L’Art rappelle qu’il y a toujours de l’infini à créer : c’est la nécessité même de l’Art. On a besoin de quelque chose contre quoi on pose une marge, on a besoin de créer un espace qui nous rappelle à l’évidence. L’Art consiste à déstabiliser l’Autre, à le mettre en situation de repenser les choses, à faire en sorte qu’il retrouve son nomadisme fondamental. » (Kwahulé 22)

Analphabétisme de retour: designates the process of going back to being illiterate after having been literate, through lack of practice or irrelevance to one’s life. (Salhi 8)

CONSCIENCE DIASPORIQUE:

“Je crois que c’est d’abord une sensation de non-retour. […] On n’est plus complètement ce que l’on était quand on était en Afrique et on n’est pas non plus tout à fait d’ici. On est devenu irrémédiablement et absolument autre.” (Kwahulé 159)

“La conscience diasporique a à voir avec la perte, le vide, le manque. […] Il s’agit de créer un autre espace culturel et spirituel dans l’espace où l’on est, et qui n’est pas la reconstruction nostalgique de l’espace d’où l’on vient. Une conscience diasporique est par conséquent une marge, une marge où quelque chose d’autre enfin peut naître. Un lieu inédit.” (Kwahulé 160)

Cosmopolite

A. Individu ne reconnaissant pas le concept de nation et qui prône l’universalité des hommes. Il se définit comme appartenant à la communauté des hommes : « citoyen du monde ». A ses yeux, les nations et par extension les états-nations ne devraient pas exister. Par nation, on entend un ensemble d’individus formant un peuple qui auraient une origine et unité linguistique, culturelle et/ou historique.

B. Individu qui a fait le choix de voyager et qui a choisi de ne pas choisir particulier un pays pour vivre.

« Cosmopolite résonne comme un défi, sinon comme une dérision. L’article de Jaucourt dans l’Encyclopédie note que « cosmopolitain » ou « cosmopolite » se dit quelquefois en plaisantant pour signifier « un homme qui n’a point de demeure fixe » ou bien «un homme qui nulle part n’est étranger ». La définition reprend celle du Dictionnaire de Trévoux de 1721 : « cosmopolitain » est « un homme qui n’a pas de demeure fixe, ou bien un homme qui n’est nulle part étranger ». (Kristeva 183)

CULTURE : « Je dirais que ce sont les manifestations artistiques, culturelles et quotidiennes qui permettent à une communauté de traverser l’éternité de son temps. Ce sont les outils que s’offre ce peuple pour que ce voyage se fasse dans des conditions aisées. ˙(…) La culture, quelle qu’elle soit, est toujours une manifestation humaine.” (Kwahulé 18) « La culture, c’est ce qui se passe dans ma tête, pas sur ma peau. » (Kwahulé 18)

Culture pure

« La notion de culture pure s’accompagne en effet toujours de l’idée de supériorité de cette culture sur les autres. On est différent, parce que l’on crée des parcours et que l’on creuse des sillons différents. Par ailleurs, semblable ne signifie pas interchangeable. Ce qui fait peur aux gens qui prônent l’idée d’une culture pure et inaccessible aux autres, c’est la peur d’être interchangeable. Dire qu’un moment de la culture est pur, c’est aussi se fixer soi-même dans une manifestation passée de l’Humanité. » (Virgine Soubrier, Koof Kwahul/. Africultures, 2013/2, no 92-93, 12).

 

DIASPORA :« Les diasporas sont des marges qu’une société s’offre, s’ouvre en elle-même, ou que l’histoire lui impose à un moment donné. Les diasporas ont toujours constitué une possibilité d’inédit. » (Kwahulé 160)

Discrimination : action ou décision de traiter un individu ou un groupe de façon négative pour des raisons tels que leur race, leur nationalité, leur sexe, leur âge et leur handicap.

« Je m’imagine mal une attitude plus dangereuse puisque nous vivons actuellement dans un monde où les êtres humains en tant que tels ont cessé d’exister depuis longtemps déjà ; puisque la société a découvert que la discrimination était la grande arme sociale au moyen de laquelle on peut tuer les hommes sans effusion de sang, puisque les passeports ou les certificats de naissance et même parfois les déclarations d’impôts ne sont plus des documents officiels, mais des critères de distinctions sociales. » (Arendt)

 

Égoïsme : Attitudes, instincts qui encouragent un être à penser en premier à sa propre conservation, ses propres intérêts et son propre développement.

« D’où, dans l’être en tant que vie, une contraction sur soi, un pour soi, un « instant de conservation », déjà en lutte pour la vie et, dans l’être pensant, une volonté d’être, intér-essement, égoïsme. » (Levinas 237)

Etre moral : Individu suivant la morale, c’est-à-dire les principes de conduite, la recherche d’un bien idéal, individuel ou collectif, d’une société donnée. Morale : Science du bien et du mal relative aux comportements humains, régi par des principes éthiques.

«  L’homme qui présidait au procès de Barbie est un être moral, mais il n’applique que le droit établi. » (Levinas 241)

L’exilé : « L’exilé est quelqu’un qui ne possède pas chez-soi vers lequel retourner. (…) Contrairement au nomade, l’exilé ne s’est pas résigné à son statut d’apatride ; le transit perpétuel lui semble aussi peu naturel qu’à un touriste qui aurait perdu son billet de retour. Un exilé veut un chez-soi, non un lieu de repos provisoire. Mais, après avoir perdu son foyer, il n’a pas la moindre idée de la façon d’en trouver un nouveau. Il se méfie même de l’idée de devoir « choisir » un nouveau foyer. » (Aciman 207)

Extranéation

Processus d’aliénation par lequel un individu devient étrange, mystérieux aux yeux de la société ou d’un pair. L’extranéation s’oppose au deuxième sens d’aliénation qui entraine lui une dépossession. « Mais l’être-là de ce monde, aussi bien que l’effectivité de la conscience de soi, dépendent du mouvement par lequel cette conscience de soi se dépouille de sa personnalité, produit ainsi son monde, et se comporte envers lui comme si c’était un monde étranger, en sorte qu’elle doit désormais s’en emparer. » Ce mouvement est pour Hegel la culture (Bildung) — politique, économique, sociale, intellectuelle… – en tant qu’extranéation de l’être naturel. Par elle s’effectue le passage de la substance pensée dans l’effectivité, comme inversement de l’individualité déterminée dans l’essentialité. » (Kristeva 188)

Flâneur : Le flâneur est un individu qui se passionne pour l’observation de ses contemporains et de leurs mœurs dans un contexte urbain. Il erre à travers la ville dans ses différents quartiers et procède à une analyse parfois sociale et psychologique des individus qu’il rencontre. Pour Walter Benjamin, le flâneur est le symbole de l’aliénation due au capitalisme.

« C’est dans ce monde que le flâneur est chez lui ; grâce à lui « ce séjour preféré des promeneurs et des fumeurs, ce théâtre de tous les petits métiers. » (BENJAMIN, WALTER. « Le flâneur », Charles Baudelaire : un poète lyrique a l’apogée du capitalisme; traduit par Jean Lacoste, 1982, p.57)

Frontière : Historiquement, le mot frontière désigne  le « front d’une armée » (CNRTL). Avec l’arrivée des Etats-nation, le mot frontière prend une dimension politique est définie les limites d’un territoire qui s’appuie généralement sur des frontières dites naturelles (rivières, montagnes) et sur des frontières politiques. La frontière définit alors l’emplacement de la séparation entre deux territoires différents, deux états-nations. La frontière est à la fois un lieu d’échange et un lieu de séparation.

Le mot frontière a aussi une dimension culturelle et sociale : frontière linguistique, culturelle, … Il s’agit alors des différences qui nous opposent à une autre culture et un obstacle à franchir pour réussir une compréhension mutuelle.

« C’est pourquoi « la frontière, la limite, le seuil, le pas au-devant de ce seuil », reviennent si fréquemment dans le langage de Derrida, comme si l’impossibilité de délimiter un territoire stable om la pensée pourrait s’établir était provocatrice de la pensée même. « Pour offrir l’hospitalité s’interroge-t-il, faut-il partir de l’existence assurée d’une demeure ou bien est-ce seulement à partir de la dislocation du sans-abri, du sans chez-soi que peut s’ouvrir l’authenticité de l’hospitalité ? Seul peut-être celui qui endure l’expérience de la privation de la maison peut-il offrir l’hospitalité. »  (Derrida 14)

 

Indigène (native in English) : Population originaire du pays où ils vivent, terme utilisé pour définir les populations présentes avant la colonisation. « Les indigènes eux-mêmes sont devenus des exilés dans leur propre pays. » (Said, Edward. « L’exil intellectuel : expatriés et marginaux », Des intellectuels et du pouvoir. Translated by Paul Chemla, Seuil essais, 1994, p65)

 

Inquiétante étrangeté : sentiment ressenti lorsqu’un événement externe amène le retour du refoulé. (Basé sur : Kristeva, Julia. Étrangers à nous-mêmes. Paris : Fayard, 1988. P195 ; Freud, Sigmund. (1919). The ‘Uncanny’. The Standard Edition of the Complete Psychological Works of Sigmund Freud, Volume XVII (1917-1919): An Infantile Neurosis and Other Works, 217-256. P245)

Insociable sociabilité : la tendance paradoxale des humains à vouloir créer des sociétés tout en multipliant les menaces de scissions. (Basé sur : Kristeva, Julia. Étrangers à nous-mêmes. Paris : Fayard, 1988. P182)

Nomadisme : le nomadisme est une façon de vivre caractérisée par le déplacement, il peut être motivé par différentes raisons comme la survie alimentaire ou la conquête de nouveaux territoires. Glissant évoque deux types de nomadismes : en flèche (envahisseur, expansion de territoire) ou circulaire. Le nomadisme circulaire consiste en la recherche de l’Autre, à travers de nouvelles cultures, de nouveaux peuples pour enrichir son soi, le déracinement est alors vécu comme une expérience positive.

« Alors le déracinement peut concourir à l’identité, l’exil se révéler profitable, quand ils sont vécus non pas comme une expansion de territoire (un nomadisme en flèche) mais comme une recherche de l’autre (par nomadisme circulaire). L’imaginaire de la totalité permet ces détours, qui éloignent du totalitaire. » (Glissant 30)

Nostalgie : « Le retour, en grec, se dit nostosAlgos signie souffrance, la nostalgie est donc la souffrance causée par le désir inassouvi de retourner. (…) La nostalgie apparait comme la souffrance de l’ignorance. » (Kundera 461)

Paria (intouchable in English) : Un paria est un individu exclu socialement d’une société, d’un groupe. Il n’a plus de reconnaissance sociale et est méprisé par l’ensemble d’un groupe ou d’une société. « Il y a toujours eu un rapport entre la menace de l’exil et la terreur d’être un lépreux, sorte de statut social et moral de paria » (Said, Edward. « L’exil intellectuel : expatriés et marginaux », Des intellectuels et du pouvoir. Translated by Paul Chemla, Seuil essais, 1994, p63)

Voyageur contrefactuel : « C’est à travers ce détour, cet espoir de restaurer un passé remémoré dans un avenir imaginaire que je me rapproche le plus de ce que l’on appelle une zone de confort, disons un chez-moi de contrefaçon. (…) Je suis, maintenant que j’y pense, un touriste contrefactuel (…) Ce n’est qu’en trouvant un chez-moi qui pourrait être, qui aurait pu être, qui sera peut-être, que je commence à ressentir le bonheur que les autres éprouvent lorsqu’ils partent en voyage. (…) Le bonheur de trouver indirect de trouver dans un endroit des choses perdues dans un autre. » (Aciman 210)